Ne pense pas
Ne pense rien
Regarde juste ta main – coupée du poignet
Qui écrit
Une fille seule dans une prairie – cueille des fleurs, les cheveux défaits
Elle a nom Lilith et elle chante
*
Quand tu désires fort quelque chose peu t’importe si c’est vrai
Nous mourions l’un la vie de l’autre
Nous vivions l’un la mort de l’autre
Heureux dans l’usure du temps
Il me l’avait dit :
“ Il y a un cygne piégé dans le puits
Je tends l’oreille
Ses paroles, des veines tendues qui cassent
Dans le sang s’ouvre place pour du sang encore plus
Il n’y a pas – dit-il – de méthode au dehors de toi-même
En des formes précises et peu nombreuses.
Que rien ne te ravisse que des représentations générales et reconnaissables
Des paysages qui s’écoulent et qui s’ouvrent
Le culte de la Nature est son existence même
Le permanent Présent et indubitable.”
*
Le pleur qui commença le monde
Il ne suffit pas de le clore.
La texture du tissu
Est plus importante que le piège lui-même.
Dans et hors du jeu, qui peut
Se sauve un moment
Les meilleurs sont piégés les premiers
Et disparaissent
Les autres nichent dedans au creux du cocon de tissu
Ils apprennent là où le monde se joue,
Sur la froide surface des renfoncements.
Et toi
Tous les livres finissent au bord de tes lèvres
Et recommencent lorsque finit le baiser.
Pourtant tu ne me suffis pas – je veux te toucher
Et impossible.
*
La chimie de la nuit a rendu les paroles
Au narrateur
La fille a disparu et seul il est resté,
À la fois narrateur et héros
Qui ne peut qu’agir et non souffrir
*
Je passe commande de mots au patrimoine du corps
Pour nommer – gommer – retrouver les choses
Sans filtres et sans nœuds.
Je construis une forme et puis elle me construit
Elle respire en moi pendant que je la pense
Et aussitôt je sais que mon esprit n’est rien qu’un accident
Un faux accord
“Nous sommes des passants” dit l’aveugle au roi fou
Et lui de répondre :
“À quelle distance est la fin si tu ne vois pas
Le centre du vide, cette pupille sanglante qui suinte
Autant que tu apprends – le vide s’éclaircit et s’ouvre
La vie, une toute petite porte
Et derrière une épine cramoisie avec dessus un insecte argenté.
Je vis en un deuil éternel
Et impossible”
*
Il se leva
Il alla vers la fenêtre
Dehors, il pleuvait
*
Quelqu’un ce soir est entré dans mon âme
C’était un fondeur de démons
Avec de mélancoliques yeux, des yeux geignards
Il avait peur de la mer
Il était malin et naïf – il avait hâte
C’est une délicate affaire
Que celle du temps.
Combien lourde est l’angoisse depuis le début du monde
Des tonnes et des tonnes avec des bulles qui éclatent.
J’abandonne – chair une, inutile –
Quelqu’un, quelque part, m’entend
Pour ce
Oui, pour ce
Qu’il n’existe pas
J’abandonne
*
Des morts nombreux – les cadavres sur la patinoire –
Leurs âmes laissent des fêlures sur la glace
Et au-dessus se reflètent les patins tortionnaires.
Pourtant cet art tu le connais,
Narrateur et héros et qui écris,
Tu le sais que c’est quand nous ne sommes pas au monde.
*
Alexis Stamatis