24 novembre 1948
Tout a été oublié avant d’être dit.
Et le silence n’est pas refuge.
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26 novembre
Ce froid nous fait la vie dure.
L’eau gelée, le manger gelé.
Le soleil blanc collé aux vitres
un soleil de neige et de vieux timbres.
Seulement les brocs gardent
quelque chose de la maison et du souvenir.
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29 novembre
Courrier censuré. Neige.
Je me rappelle une parie de godillots
remplis de neige.
Je veux donner aux choses un sens
qu’elles n’ont pas.
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Un homme avec sa barbe
une table
pas d’arbre.
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La poignée de la porte était chaude
jadis
comme une main.
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Pourtant cette nuit-là comme l’autre
c’était la même lune bègue.
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2 décembre
Le ciel est un trou.
On n’y tient pas.
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4 décembre
Mouton, mouton de la gelée
petit poème
prends-moi par la main.
L’aube a son aiguillon
et son escabeau.
Croyons jusqu’à ce soir.
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8 décembre
J’ai planté un arbre. Je le ferai pousser.
Quoi qu’il advienne je ne recule pas.
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4 janvier 1949
Et soudain
un souvenir d’oiseaux
qui ont plongé dans l’inconnu.
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15 janvier
J’assiège le signe noir pas à pas
je double le vert d’une feuille
je multiplie une sensation de calme
j’utilise des métaphores, je transfère
autrefois ailleurs nulle part.
Soudain je sens que je me retrouve
assiégé par le signe noir.
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24 janvier
J’ai appuyé ma bouche à ton souvenir
j’ai veillé la douleur et le plaisir
entre quatre cierges
de vers éteints.
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31 janvier
Mère nuit – dit-il ; enroule-moi dans tes noirs cheveux
criblé de tes astres
vivant l’humiliation
de ne pas être mort.
(Il parlait tout seul vers le mur.
L’emphase était manifeste
peut-être espérait-il que quelqu’un l’entende.)
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Camp de concentration des détenus politiques, Kontopouli Limnos, 1948-1949
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Yannis Ritsos


