Les Figues

Telle est la chaleur que les figues

éclatent dans les cageots du fruitier

et leur suc éclabousse

les figures des passants.

 

Son goût sur leurs lèvres sèches

les enivre tant

qu’ils perdent leur route

et frappent à des portes étrangères.

 

Plusieurs se trouvent face à l’amour de leur vie.

D’autres passent juste plusieurs heures agréables.

 

Charalampos GiannakopoulosΤι κοιτάζει στ’αλήθεια ο ποιητής, 2016

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Ambitions

Ça sonne insignifiant en fait d’ambition

et dépassé et romantique,

mais ce n’est pas vilain comme destinée :

 

de rester dans la mémoire des hommes

comme celui qui chaque année

écrivait sur les amandiers

comme s’il les voyait pour la première fois.

 

Charalampos Giannakopoulos, Τι κοιτάζει στ’αλήθεια ο ποιητής, 2016

 

Vendredi

Comme une petite fleur close

qui s’ouvrait soudain au fond de ses entrailles,

c’est ce que ressentit Robinson

dès qu’il avisa

sur la rive déserte

cette empreinte de pied nu.

 

Il se pencha sur le sable

comme il faisait autrfois

vers ses pieds nus à elle

et caressa la douce voûte,

le talon vigoureux

les cinq doigts minces

et le creux au milieu d’eux –

comme il lui plaisait

de l’humecter avec sa langue.

 

Les larmes qui coulaient

de ses paupières à ses lèvres,

avaient le goût même, il s’en souvenait,

de sa sueur à elle.

 

Chaque jour avec elle était Vendredi.

 

Charalampos Giannakopoulos, Τι κοιτάζει στ’αλήθεια ο ποιητής, 2016

J’ai perdu ma confiance dans le silence

J’ai perdu ma confiance dans le silence ;

il n’est pas candide, il n’est pas romantique, à couvrir les murmures de l’amour

ou la phrase musicale suivante d’une symphonie bucolique.

Frénétiquement il étouffe le sanglot de l’impuissance

il élève une menace éternelle.

Bienveillante moi-même

bienveillant aussi le jour au matin

nous n’avons pas pris garde

à l’obstination muette qui muselle

la conscience du demain

et ne laisse pas se faire entendre

les sonores ectoplasmes de la peur…

Oh, oui, moi aussi j’ai peur.

Pourtant je combats encore pour ne pas me faire sourde

je veux écouter tout le sanglot

et monologuer

avec la voix de mon âme.

 

Katerina Anghelaki-Rooke, Μεταφράζοντας σε έρωτα της ζωής το τέλος,  2003

Cancer

Et d’un seul coup tout s’éloignait – les formes, les arbres, la mer,

les choses, les faits, la poésie, – là-bas, tout là-bas,

sur une rive opposée – il le voyait ou pas. Est-ce que vraiment

tout était parti et l’avait quitté, ou était-ce lui-même ? La mort

immobile l’habitait jusqu’à l’extrémité des ongles. La nuit,

il écoutait cette énorme immobilité en lui. Cependant,

avant son sommeil et après son réveil, il continuait

à se laver régulièrement les dents de sa bonne vieille brosse pelée,

en montrant, pur, assuré, immaculé, son dernier sourire.

27.VII.68

Yannis Ritsos, Πέτρες, 1968

Lorsque vient l’Étranger

Extraits


Au moment où nous restions cloîtrés dans la grande chambre avec les miroirs recouverts,

Lui, non invité, étranger, vint – que demandait-il ?

Nous, nous ne voulions pas voir, entendre, pas le reconnaître.

Son vêtement poussiéreux pitoyable  – nous n’avions, nous, pas demandé compassion –

ses chaussures désagrégées qui exigeaient sympathie, – nous n’avions, nous,

à donner rien du tout  –

étranger, non invité, extérieur à notre peine,

il vint s’apitoyer sur nous ; derrière sa barbe poussiéreuse

trémulaient les étoiles du sourire

avec cette suffisance de l’indulgence, avec l’acquiescement

de son épreuve ancienne, comme s’il disait « Et ça aussi passera »,

comme les bandes brodées sur les murs des vieilles maisons

unissant une sagesse ménagère avec beaucoup de fleurs dépareillées

roses, œillets, pensées (pas de violettes)

et les rubans tout autour brodés jaunes.

Que voulait-il ?

Et même ayant, nous ne voulons donner rien. Qu’ils nous laissent enfin

à notre respectable, vénérable deuil, à notre mort

à notre fierté de ne pas être lâches face aux ombres des choses ;

qu’ils nous laissent

épuiser notre posture d’agenouillement, écoutant consolateur

le xylophage aux angles du silence.

Qu’il s’en aille, avons-nous dit,

étranger, non invité, insidieux,  –

contrefaisant le pauvre pour nous faire croire à notre richesse

pour ne pas nous humilier, pour nous suborner de son déchirement,

de son décharnement (il montrait déjà ses flancs dénudés, son ample poitrine)

pour extirper de nous un sourire encore, un nouveau témoignage de vie ;

il balançait sur nous son regard comme un hochet d’enfant,

pour concentrer notre attention sur un ailleurs ; il retournait

les poches de son pantalon et de son surtout

pour montrer leur vide, pour nous convaincre ;

et de ses poches tombèrent juste quelques duvets, quelques brins de tabac

fins comme s’il neigeait sur un petit paysage gris d’un demi mètre,

et ses poches vides tournées à l’envers étaient

comme les oreilles d’animaux paisibles qui guettent au-delà du silence

ou comme de petites marches en bois à un pigeonnier

où ça sent la chaux, la fiente et les plumes chaudes.

C’était un commencement d’une petite tendresse qui ne choque pas, ne décale pas ;

c’était un oubli modéré, pour nous enhardir,

pour étendre notre mémoire au-delà ou vers en haut…

 

… D’où venait cet Étranger ? Que cherchait-il ? Sa route

venait-elle d’hier ou de demain ? Dans ses cheveux non lavés

étaient des cendres et des gouttes de rosée – visiblement il avait

fait route à travers la nuit

et peut-être passé par le feu, sous les débris brûlés. Dans sa voix on reconnaissait

le grincement de la porte quand ils ouvrent pour nous apporter une sauge chaude,

quand les ateliers des charpentiers de notre quartier rabotent de grandes planches

pour des constructions nouvelles, quand dans l’ombre du mur les midis d’été

se rassemblent maçons et artisans, ouvriers et engagés,

et ils discutent du gain journalier, simplifient le temps,

arrondissant la vie en uniquement deux hémisphères normales,

l’une lumineuse et l’autre obscure ; et ensuite, dans le petit silence qui intervenait,

on entendait la dernière feuille de l’an dernier se décoller de l’arbre

et elle tombait avec un terrible bruit non ouï entre leurs genoux,

et eux continuaient encore leur juste conversation sur le pin et le sel,

alors que l’Étranger continuait tout seul plus loin…

 

De l’autre côté de la fenêtre, le mur en face était éclairé

tout blanc par le soleil oblique ; il attirait le regard ; il attirait l’ouïe ;

nous n’entendions pas nos propres pleurs. Ce que nous avons perdu et perdons, disait-il,

ce qui vient, par-dessus tout ce que nous construisons

est à nous, nous pouvons le donner, – c’est ce qu’il disait ; –

non invité, étranger, intolérable

et ses paroles étaient comme un rang de cruches aux fenêtres des îles,

des cruches solides, au grand cœur, humides,

rappelant l’eau fraîche aux bouches juvéniles,

et même si nous refusions l’eau et notre soif  –

ou bien les pots de basilic, les géraniums, les « becs de grue »

à l’heure où le soir tombe et reviennent les bêtes de paître

et le temps est distendu et infini, interrompu uniquement

par les clochettes des moutons

– métaux différents, sons différents, distance différente,

faisant foi de l’infini dans chaque direction

devant ou derrière, de l’un ou l’autre côté, dessus ou dessous.

[…]

Tout est à nous, plus à nous avec notre mémoire, – disait l’Étranger  – plus heureux,

les oliveraies secrètes sur les petites collines avec les couchants apostoliques,

les huttes en roseaux des paysans perchées dans les arbres

où les éclairaient juste les petits yeux des oiseaux,

les faisceaux d’osier qu’on assouplissait des semaines au ruisselet pour faire des paniers,

les figues brunes au goût de miel, glacées par l’aube, lorqu’on laissait nos sandales

devant la racine du figuier et qu’on escaladait le ciel,

pas par l’échelle, ni par les branches, mais par les pas de la brise.

Chaque soir  – tu te souviens ? –

la grande étoile comme l’œil du tout-puissant veillait sur le sommeil des bergers et des pêcheurs,

et les jambes des femmes, lorsqu’elles retiraient leurs bas,

étaient vastes et lumineuses  – elles illuminaient les grandes terrasses

où on séchait le raisin noir,

illuminaient les tabourets et les portes ; avant le coucher les femmes

peignaient leurs longs cheveux avec des gestes hiératiques

comme si elles mouillaient leurs doigts dans d’indiscernables rivières verticales,

comme si elles s’entretenaient avec un autre amour, alors que les maris s’étaient déjà couchés

et que leur rude respiration faisait bruire leur moustache frisée,

comme les épis secs sur la plaine. Les femmes,

grandes, secrètes, solitaires,

presque autonomes et autarciques, continuaient

un conciliabule invisible, alors qu’elles se peignaient,

comme si elles dictaient une alliance avec les couches supérieures de la nuit

ratifiant un à un les articles aux astres d’un léger signe de tête,

une alliance avec les cimes des platanes, des eucalyptus, du peuplier,

avec les sources silencieuses, avec les racines enchevêtrées de l’eau –

et les grenouilles de connivence sur les rives vertes

faisaient déborder la corolle de la nuit

dans une substitution ombreuse pour camoufler le silence des femmes,

pour camoufler leurs regards, leur haussement, leur dépouillement.

 

Une chouette figée sur le toit les regardait de ses deux feux tout ronds,

elle faisait mine de ne pas les voir, et elles de ne pas la voir,

mais sous leur esclavage séculaire, par deux petits tunnels souterrains

elle leur transmettait jusqu’aux veines sa lumière fixe.

 

Inapprochables femmes, despotiques, autocratiques, toujours vierges,

bonnes amies de la nuit, bonnes amies de la végétation muette

– elles s’étaient retrouvées avec les magiciennes dans les profondes grottes de pierre

remplies d’aveugles chauves souris,

et lorsqu’elles lançaient le sel sur le manger, jamais tu ne savais ce qu’elles mijotaient ;

le faitout, le chaudron, la poêle

portaient un masque de suie ; ils ne dénonçaient pas les secrets de la femme ; ils ne dénonçaient pas

leurs herbes secrètes, les combinaisons de leur cuisine,

leur solitude lorsqu’elles hachent le persil,

lorsqu’elles repassent dans la chambre jusqu’à tard, et les rattrape la lune à la fenêtre ouverte

et elles, elles prennent garde à ne pas piétiner le carré de la lune

au-dessus du carreau

à l’heure où les sous-vêtements repassés, en pile sur la table,

sont comme des feuilles non coupées de livres qu’elles ont lus, elles,

et qui savent tous les secrets de nos corps.

Nous, nous ne connaissons pas

leurs exorcismes quand dans la cour elles lustrent les cuivres à la terre

et les cuivres étincellent au soleil comme des corps célestes terrestres, et étincellent

aussi les femmes dans le triomphe de leur suprématie

face aux armées muettes des choses fermées.

 

Nous ne connaissons pas

la liberté obstinée de leur silence lorsqu’elles refusent de s’irriter,

leur fierté alors que la pudeur ploie leurs cils,

leurs défenses sans nombre, comme les pelures serrées successives de l’ail frais,

ces fragiles vêtures. Que signifient-elles ? Que taisent-elles ?

 

Quelle vertu en armes protègent-elles derrière  leur transparent sourire

par une soirée ensanglantée d’automne

quand les pas de la Vierge se trahissent au crissement de la paille et des feuilles sèches

et aux marques lumineuses que laissent sur toute la longueur de la route

les modestes empreintes des ânes, des bœufs, des moutons ? Et elles,

elles ont une goutte ronde de sang à leur jupe

et un imperceptible Ah à la bouche,

paraît-il de l’aiguille qui leur a troué le doigt quand elles se sont appliquées à coudre.

Quelle opération

organisaient les silencieuses créatures de Dieu dans leur amour solitaire ?

Nous ne savons pas encore.

Les femmes

volaient à l’homme la semence et cultivaient seule le champ,

elles avaient leurs propriété à elles, inviolable ; elles se déplaçaient

secouant dans l’ivresse de la création leur ventre rond

sous les orangers du printemps comme si elles transportaient

derrière leur tablier blanc

de petits globes terrestres.

Elles ne parlaient pas, les femmes –

haltières, elles appartenaient à l’avenir, elles avançaient,

quand les hommes s’arrêtaient à tout bout de champ devant la charrue

ou quand elles tenaient la faucille comme le sourcil fatigué de la lune,

dans l’indécis du soir venant.

 

Elles seules dans le jardin avec les hauts tournesols attendaient

certaines  la naissance,

et les tournesols leur éclairaient la gorge et le visage en cercles lumineux

et les premières taches rosées sur leurs grands fronts

étaient les signes secrets de la vie éternelle,

comme les bulbes des plantes, les « patates » des cyclamens,

comme les racines dissimulées des arbres qui travaillent sans que

nous les entendions, sans que nous les voyions.

 

C’est toujours une naissance  – disait l’Étranger –

et la mort est une addition, pas une soustraction. Rien n’est perdu.

C’est pourquoi les hommes

lorsqu’ils sentent la peur par le travail, par l’usure, par le vide, par les journaux,

par la mémoire de la guerre, par le craquement dans les jointures de leurs doigts

ou par le cri du soleil qui s’encastre au creux de leurs os,

attrapent les femmes comme ils attrapent les branches ou les racines d’un arbre

au-dessus du gouffre

et ils oscillent là-dessus comme s’ils luttaient ou jouaient avec le chaos ;

 

et les femmes le savent et elles ferment les yeux ;

elles ne disent pas non ;

elles attendent ;

et quand eux dorment de nouveau, elles, elles veillent

et ils sont aussi leurs enfants comme ceux qu’ils ont ensemble,

elles les élèveront eux aussi, comme eux,

les nourriront de leur sein et de leur silence, de leur refus parfois,

elles les abreuveront encore de la soif de l’union ; et une gigantesque vague obscure

arrondira son essor sous les flancs virils, toute prête

à frapper de plein fouet les barrages, à briser les barrages,

jusqu’à s’effacer dans la plage quotidienne, dans les petits galets,

dans la fatigue, dans l’oubli,

sans bien souvent trouver le rocher à frapper, à faire sauter haut, glorieux,

comme cataracte inversée d’une intensité brisée. Et les femmes, encore,

comme n’ayant pas vu leur vague rabaissée, les laisseront s’allonger,

s’occuperont aux travaux de la maison qui font garder les yeux baissés,

s’agenouilleront devant le pétrin pour prendre la levure dès le soir

comme si elles n’avaient pas remarqué le casque des hommes tombé par terre ;

elles le ramasseront calmement ça aussi

comme si c’était un pot en terre ; elles planteront plus tard là-dedans des fleurs,

petites fleurs domestiques, fleurs bleu ciel à cinq feuilles,

elles leur ravauderont, près de la lampe, leurs groses chaussettes

avec ce patient œuf en bois, elles leur ravauderont

leur confiance à mille trous, parce que les hommes

marchent beaucoup, se fatiguent beaucoup, s’effraient beaucoup, se battent beaucoup,

ce sont des braves avec leur moustache roulée, leurs poils sauvages,

leurs organes sauvages,

et ce sont des enfants qui ne connaissent pas leur force,

ils s’y connaissent juste en querelles et en faits d’armes, parce qu’eux

n’ont pas appris la pleine attente, des mois et des mois, et l’année suivante,

eux ne portent pas dans leurs entrailles la vie, ils ne la nourrissent pas

avec leurs entrailles,

ils n’entendent pas les pas de celui qui vient au-dedans d’eux,

ils ne sont pas la terre, uniquement la semence jetée dans la terre,

et ensuite la fatigue et le sommeil –

[…]

 

Tout est à nous, dit l’Étranger. – Tout de ce monde –

et nos morts nous les transportons dedans nous

sans que notre espace rétrécisse, sans nous sentir pesants –

nous continuons leur vie des profondes galeries et des racines isolées,

leur vie à eux, la nôtre entièrement dans le soleil. C’est alors justement qu’il se fait

une grande tranquillité, une grande transparence,

on distingue là-bas les îles bleues et les îlots qui jamais jusqu’alors n’apparurent

et on entend distinctement le chœur des petites filles de la rive opposée

des petites filles qui partirent de bonne heure, laissant

demi-fini leur premier entretien avec une marguerite.

 

Donc, je vous disais qu’il n’y a pas de mort, – termina l’Étranger

calmement, simplement, tant, que nous avons souri sans réticence ;

nous n’avons plus eu peur des miroirs recouverts. Un soleil triangulaire

sur le mur en face

s’était allongé ; il éclairait tout entière la pièce du nord

d’un reflet permanent. Nous empoigna le parfum

des montagnes, celui des fruits qu’on déchargeait aux fruiteries.

Nous entendîmes les coups à la forge voisine et les trams

qui tournaient le long des boucheries.

 

Nous avions la sensation équilibrée d’une inimaginable, pacifique récolte

de grandes, quadruples tomates sucrées, disposées

avec précaution et organisation dans des cageots rectangulaires

transportés des régions agricoles tout droit jusqu’aux marchés des villes

et aux ports tout bourdonnants.

D’énormes voitures roulaient dans les rues baignées de soleil

comme des montagnes pourpres, secrètes.

Nous nous sommes levés,

nous avons découvert les miroirs, nous nous sommes regardés,

et nous étions jeunes d’avant des milliers d’années, jeunes

après des milliers d’années, parce que le temps et le soleil

ont le même âge – notre âge ;

et cette lumière n’était pas du tout un mirage

mais notre lumière à nous filtrée à travers toutes les morts.

 

Et lui, l’Étranger, était le plus à nous. Les femmes lui chauffèrent de l’eau pour se laver,

Les hommes sortirent faire les courses pour le repas. La plus jeune fille de la maison

apporta des serviettes propres, un petit savon parfumé rose,

une jatte d’eau chaude, le blaireau du rasage

et les posa à côté du miroir dénudé.

 

La vapeur de l’eau chaude s’exhalait peu à peu sur le miroir

comme si elle le vêtait à nouveau

et le visage de l’Étranger qui commençait à se raser

à travers la mousse apparaissait trouble dans le cristal dressé

bon, juvénile, melliflue comme une lune matinale.

Athènes, Février 1958

Yannis Ritsos

 

 

 

 

 

 

 

Jeux du ciel et de l’eau

XXXIII

 

Sur tes aisselles et sur tes jambes

trois poignées de nuit

et les astres de ta sueur

brillent au cœur de la nuit.

 

Le drap, où allongée

s’opalise la blanche nudité

embaumée,

quatre anges l’étendent – regarde –

par les quatre coins

au cœur de l’univers.

 

La fenêtre est ouverte,

je me jette.

Hirondelle, hirondelle,

qui m’attrape ?

Et je suis tombé du ciel

dessus ton drap étendu.

 

Yannis Ritsos, Παιχνίδια τ’ουρανού και του νερού, 1960