La figure terrifiée toute fermée. Cheveux hirsutes ;
déchirée la chemise ; tuméfiées les chairs. Ils lui rendirent
la ceinture en cuir, la montre bracelet, le peigne noir
– déposés sur la longue table. Il les prit. Il ne savait pas
que mettre – la montre ? La ceinture ? – où fourrer le peigne ;
il regarda sa carte d’identité. “Loukas”, dit-il ;
“Loukas”, redit-il tout seul – il ne leva pas les yeux ;
Il enfila la montre avec une hâtive lenteur (c’est la faute de la table –
extrêmement nue, obscure – un de ses angles écorché),
il passa aussi la ceinture – il la serra. Il la serrait encore
quand il sortit dans le couloir, – les vieux cabinets sentaient,
les tuyaux gouttaient ; le garçon du café rangeait les bouteilles ;
les gardes parlaient sous le lampadaire. “Loukas, Loukas”, redit-il
comme s’il parlait à un étranger, en une langue inconnue. Le soir était venu.
Les lumières s’allumèrent sur le boulevard et dans le Jardin du Musée.
*
Yannis Ritsos, Διάδρομος και Σκάλα, 1970
